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Nous sommes partis dans des conditions météo assez fortes les 3 premiers jours, plus de 25 nœuds et des vagues. C’est pas compliqué, faire 500 miles en 3 jours, ça tient du record pour Callinago (ne pas comparer avec François Gabart qui fait ça en une demi journée, c’est vexant). Mais c’est au prix de brinquebalement dans les vagues et d’appréhensions pour moi. Je préfère quand on va plus doucement. En plus, Laurent à la fièvre, il a mal à la gorge, genre angine et ça craint. Pourtant il assure sans se plaindre et tient à faire les nuits en me laissant dormir, ce que je fais de mon mieux car fréquemment une vague plus grosse me réveille.


Le lendemain, nous sommes donc le dimanche 3 décembre : Yanis fête ses 5 ans !! Nous pensons à son cousin Morgane qui souffle sa 1ère bougie à quelques milliers de kilomètres de là. De notre côté, on avait préparé le gâteau au chocolat la veille au port, et c’est tant mieux car malgré le stugeron, on ressent l’effet des vagues, on n’est pas encore amarinés.


Au bout de 3 jours, les choses se tassent et Laurent commence à se remettre de sa crève. Mega Ouf ! On peut fêter maintenant les premiers 500 miles avec une soirée apéro-pancakes-sodas.
Yanis envoie un message au Père Noël dans un bocal, Jeanne quant à elle préfère attendre de poster la sienne.


Et les journées s’enchaînent assez rapidement, on prend notre routine.
Le matin, pendant que Laurent reprend un peu de sommeil en retard, on s’occupe avec les enfants en faisant un peu d’école. Ils sont d’autant plus volontaires que « pas d’écran tant que l’école n’est pas finie » ! Oui je sais, c’est sadique, mais aussi diablement efficace. A partir de 11h, un peu de dessin animé (ok, 30-45 minutes) et moi je me remets de mes émotions et je pense au repas du midi. Je fais aussi du pseudo pain, toujours un peu foiré, mais toujours mangé par mes gentils moussaillons. Après manger, Maël fait un brin de vaisselle, puis les enfants s’occupent. On fait des jeux ensemble (ce qu’on ne fait que très rarement en temps normal). Uno, Pipolo, 7 familles, Diamoniaque.. (les mamies reconnaîtrons…). Ils font des pompons, le lego marche du tonnerre, des dessins, de la lecture, les séances calinoux, des pliages en tout genre… Encore un peu d’écran dans l’après-midi, le goûter, un peu de chahut tout de même qui vire aussi parfois en prise de chou, et on arrive en fin de journée. De temps en temps, il y a douche dehors avec rinçage à l’eau douce, mais faut insister !

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lavage à l’eau de mer et rinçage à l’eau douce…

Et une fois le repas du soir passé, souvent séance écran familiale du soir avant le coucher !
Yanis et Jeanne regardent en boucle hôtel transylvania 2, Maël découvre les films de Bilbo le hobbit et du seigneurs des anneaux. 2 salles 2 ambiances !
Globalement, les enfants ne se plaignent pas de leur sort et s’occupent assez bien. Ils s’adaptent à leur vie de nomades des mers… A vrai dire, on doit souvent les obliger à mettre le nez dehors et profiter du grand air, car ils resteraient non stop dans le ventre de Callinago.

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On ne croise aucun bateau entre le 2ème jour de transat et les 3 derniers. Laurent peut mettre le réveil toutes les heures et dormir entre temps.
Au fur et à mesure qu’on avance, je me sens plus rassurée. Je n’aime pas quand nous sommes à mi chemin par exemple…
Laurent se cogne violemment la tête suite à une grosse vague et alors qu’il sort un seau d’eau de mer. Un accident est si vite arrivé… Yanis doit porter son gilet dans le cockpit, il y a parfois des vagues plus fortes que les autres. La plus grosse arrivera à faire gîter fortement le bateau et à faire passer de l’eau sur la lisse et dans les hublots babord. Gloups. On se rejoue souvent le scénario et si quelqu’un tombe à l’eau ? D’abord la perche IOR et la bouée fer à cheval, moi qui plonge pour un enfant, sinon face au vent, affaler, moteur, revenir sur nos pas en utilisant la trace GPS….
Mais tout se passe bien. Le bateau avance bien, sauf quelques jours milieu de 1ère semaine où le vent est faible et nous force à faire une route vers le sud. Un peu de moteur et puis le vent revient, toujours par l’arrière (sans jeu de mot). Il y a par contre tout du long ces fichues vagues qui me tapent parfois sur les nerfs, surtout quand ça fait chuter des choses à bord (genre le verre doseur rempli de riz ou de semoule de couscous). Les tapis anti-antidérapants sont indispensables, et encore, prière de garder le bol de soupe à portée de main…
A part un bref épisode où on sort la grand voile, c’est quasiment tout du long avec le génois et la trinquette jumelle. 4 ou 5 fois, il faut tout de même changer le tangon de côté ce qui nécessite que Laurent aille à l’avant faire des acrobaties… Il faut aller plus vent arrière, choquer la trinquette, lâcher un peu de balancine pour décrocher le tangon, reborder la voile, faire passer le tangon de l’autre côté de l’étai, choquer du génois, accrocher l’écoute au bout du tangon, reborder et éviter que le tangon tape dans l’étai, reprendre la route normale, et enfin changer le bout qui sert de barber-hauler de côté, sur la voile qui n’est plus tangonnée. Voilà ouf, tranquille pour un tour!
Et alléluia, le pilote automatique ne nous fait plus de blagues.
Et les jours s’enchaînent, Jour 7 ou 8, on fête les 1000 miles! Méga soirée apéro-crêpes-sodas !
Jour 11, c’est les 1500 miles qui sont passés.. re-fête bien sûr avec gâteau aux pommes cette fois-ci, toujours l’occasion d’occuper les apprentis marmitons !
On essaie de mettre les petits plats dans les grands, parce que ça fait plaisirs à l’équipage de gourmands que nous sommes. Je tente même une mousse au chocolat, avec battage de blancs en neige à la fourchette… La suée attrapée en vaut la chandelle ! Parfois un menu couscous garbit en boite suffit au bonheur aux enfants 🙂
Côté pêche, on ne peut pas dire que nous ayons de la chance. Il semble que les poissons nous aiment un peu, beaucoup, à la folie, poissonément, mais en fait pas du tout ! A part une petite daurade exploratrice suicidaire, mais bien bonne, RAS. Il faut dire que les algues de la mer de sargasse n’aident pas à la pêche !


Et souvent, alors que Laurent et les enfants parlent de l’avenir, de l’ « après voyage » et des projets futurs, moi je reste scotchée sur le présent, me disant que c’est tout de même une expérience unique que cette traversée. Un peu redouté, mais d’autant plus fort. Et beaucoup de moments très appréciés finalement.

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coucher de Lune au petit matin!

Après 12 jours où on est donc bien isolé, et où une veille toutes les heures est assurée la nuit, nous revoyons des bateaux à l’AIS. Et aussi certains en visu et pas sur l’AIS, dont un truc de nuit éclairant fort (version spot de terrain de foot) et qui se déplace lentement… Bon, va falloir être plus vigilant !

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écran de navigation avec les infos de vent et de distance à faire

Et on est bien content de voir se profiler la côte de Tobago. On doit mettre le pied sur le frein histoire de ne pas arriver de nuit, et la dernière nav’ de nuit, je fais un quart à 3h du matin. J’ai encore des flipettes. J’ai l’impression qu’on va droit sur la terre dans l’obscurité, je veux aller plus au nord mais pas possible vu le vent, il y a des grains bref!!! moins j’en fais moins j’aime ça les nav’ de nuit ! Et c’est l’arrivée à l’aube dans une baie des pirates bordée de falaises luxuriantes (vu les grains, on comprend pourquoi) où volent des pélicans et des frégates non stop et au fond de laquelle on trouve quelques maisonnettes multicolores. C’est le bonheur !